À propos de construction en analyse
L’enfant dans l’adulte : traces et destins du travail des identifications

Les différentes voies identificatoires : narcissiques et objectales forgent simultanément le sentiment d’identité, le sentiment simultané d’être et d’avoir l’autre en soi, de s’identifier à l’autre. Entre construction intrapsychique, intersubjective et voie défensive, les conceptions freudiennes et postfreudiennes des identifications s’entrecroisent dans la psychanalyse contemporaine. La pluralité des identifications, leurs transformations au fil des remaniements de l’enfance et de l’adolescence émergent dans la cure de l’adulte selon différents modes d’expressions transférentiels qui bien souvent sont difficilement décryptables dans le contre-transfert. La clinique transférentielle nous permet de découvrir plus lisiblement les modes singuliers d’investissement des identifications primaires et leurs voies identificatoires, entre douleur et satisfaction, peuplées d’objets partiels demeurés dans des recoins psychiques, clivés, néanmoins sources de souffrances sourdes, indicibles. Ces voies anciennes, enfouies dans la sensorialité et la sensualité du patient peuvent être habitées par la douleur ou par sa répression, enclavées et/ou recouvertes par le négatif. Les qualités des mouvements de projection et d’introjections, entre amour et haine, se révèlent énigmatiques, enchevêtrées dans les traces traumatiques issues des identifications primaires et leurs potentiels réaménagements dans les identifications secondaires. L’élaboration de leurs représentations internes demande la fabrication d’un nouveau canevas identificatoire qui se construit dans le transfert avec l’analyste. Comment élaborer la décomposition de ces voies obscures cachées qui mène le patient et l’analyste à découvrir à partir des mouvements œdipiens les vestiges des liens meurtris avec l’objet maternel et paternel enchevêtrés avec leurs ramifications transgénérationnelles ? Lorsque la réaction thérapeutique négative saisie les voies transférentielles, comment le travail de décomposition de ces traces peut-il conduire à des remaniements des assemblages du sexuel infantil ?
Le clivage du moi normal

La question de l’existence d’un clivage du moi normal se pose au moins depuis 1908, quand Freud a montré qu’il existe chez l’enfant un clivage normal entre moi-plaisir et moi-réalité. J’ai repris la question sous cet angle dans un article à paraître dans le Journal de psychanalyse de l’enfant. Elle a pris une importance nouvelle à l’occasion du débat entre Bleuler et Freud sur la schizophrénie en 1911. Bleuler faisait de la perte des associations, c’est-à-dire du clivage, le seul trouble primaire de la démence précoce, qu’il a rebaptisé « schizophrénie » pour cette raison. Freud soutient que ce n’est pas le clivage, mais l’abolition de la réalité, suivie de la création d’une néo-réalité délirante, qui est essentielle, et c’est pourquoi il aurait voulu imposer le terme de « paraphrénie ». J’ai repris cette discussion dans un livre d’entretiens avec Liuba Rakova-Carron, à paraître, qui s’appellera « Pourquoi des psychanalystes? ». Il résulte de cette discussion une description par Freud des clivages normaux du moi inconscient, qui se déforme et se clive pour servir chacun de ses trois maîtres. J’en ai parlé dans mon article « Les cavaliers du dimanche ». Gérard Bayle, dont nous déplorons la disparition récente avait repris l’ensemble de ces questions dans son rapport au Congrès des Psychanalystes de Langue Française de 1996, “Le clivage et les défaillances de la fonction synthétique du Moi ». Il y avait apporté une solution originale en distinguant « clivage structurel » et « clivage fonctionnel ».
N’oublie jamais! La peau comme mémoire

Elle vient de se faire tatouer « l’Allégorie de sa liberté retrouvée ! ». Un sentiment d’inquiétante étrangeté surgit du côté de l’analyste : en deçà de cet énoncé sur un ton triomphal qui résonne dans un registre d’idéal je me demande d’emblée ce qui rend indispensable une inscription définitive ? Est-ce une nouvelle identité inscrite dans la peau mais pour montrer quoi, à qui, pourquoi ? Il faudrait ne jamais oublier que cette « liberté » fut difficile à conquérir ? Faire le voeu que ce trajet soit marqué et vu par soi et les autres comme si la mémoire, ordinaire, celle du fonctionnement psychique n’allait pas suffire ? Alors ce serait comme une nouvelle feuille de route nécessairement visuelle, n’oublies jamais ? Freud à propos des restes mnésiques signale un recours possible au visuel : dans le « moi et le ca » il souligne « qu’il ne faudrait pas dénier le fait qu’un devenir conscient des processus de pensée par retour aux restes visuels est possible et chez beaucoup de personnes semble privilégié ». On pourrait faire l’hypothèse que dans certaines situations psychiques archaïques la constitution des enveloppes psychiques par les premiers regards a été perturbée, le visuel gardant par la suite une place très particulière. Ce sont ces questions et d’autres autour de la latéralisation du transfert, mais aussi de l’irruption d’une donnée énigmatique de la culture dans le contre-transfert de l’analyste qui ont surgies à l’occasion de ce travail analytique Inscription sur HelloAsso Facebook LinkedIn
Quand l’agir touche le corps de l’analyste. Le silence des affects.

Quand l’agir touche le corps de l’analyste. Le silence des affects. Le corps entre agir et somatisation, tel était le thème porté à la réflexion lors du colloque Penser l’agir à Toulouse en 2018. Considérer les somatisations sur un versant économique, hors sens, du côté de l’agir au même titre que certaines manifestations comportementales, à savoir de l’ordre de la décharge d’un quantitatif inélaborable, est l’ordinaire du psychosomaticien. Véritable acting-out direct selon M. de M’Uzan, il s’agit malgré tout d’une modalité expressive à prendre en compte lorsqu’elle survient dans le cadre d’une cure, à l’intérieur même du processus entre un patient et son analyste, témoignant de la faillite transitoire ou durable du fonctionnement mental. Elle peut engager les éprouvés de l’analyste et son contre-transfert au sens large afin de pouvoir donner du sens à ce qui semble ne pas en avoir. Je ferai un pas de plus en intégrant dans le matériel d’une séance une manifestation somatique du côté de l’analyste sous la forme d’une crise de survenue brutale et imprévisible, face au silence des affects et de la vie psychique chez une patiente malade somatique gravement désorganisée. Ceci donnera lieu à une réflexion sur les mécanismes en jeu et les modalités de réorganisation psychique.
De la Vigésitude

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie » Paul Nizan La situation psychologique des jeunes adultes, autour de leur vingtième année est-elle si heureuse ? Ils ne sont plus adolescents et physiquement adultes mais n’ont pas, dans la société, le rôle ni le statut d’adultes. « On est adulte lorsque l’on paie des impôts » disait Pierre Bourdier. Cette définition « fiscale » de l’état adulte est sans doute tristement sommaire mais renvoie à la dépendance que vivent ceux qui ne sont plus des teenagers mais restent à peu près dans la même position sociale qu’eux. Ils sont en effet dans un espace affectif en remaniement, entre des parents dont ils se détachent et des relations amoureuses instables. La situation de ces « vingtenaires » qui n’ont pas encore la maîtrise de leur destin, ni de véritable pouvoir sur le monde est une condition particulière : la « vigésitude ». Bibliographie : Paul Denis : Les phobies, Le narcissisme, Puf, Que sais-je ? , De l’exaltation, Puf, Le fil rouge. « Transidentité : rapport au réel et limites de l’autodétermination », in Le Carnet Psy, N° 248, décembre 2021. Paul Nizan : Aden Arabie
Symbolisation, psychose et psychodrame

De l’élaboration de la violence et de la destructivité chez les patients schizophrènes et états-limites La symbolisation peut être définie de façon générale comme l’opération par laquelle quelque chose va représenter quelque chose d’autre pour quelqu’un. Si elle peut apparaître ainsi comme la substitution d’un objet par un autre, elle est avant tout le résultat d’un processus qui suppose autant la capacité de représenter un objet absent qu’un sujet capable de savoir que le symbole n’est pas l’objet symbolisé. A ce titre elle est corrélative d’un véritable jeu de l’imagination, favorisant la constitution de la capacité à fantasmer et l’organisation d’un espace psychique, sous-jacent à l’organisation de limites entre le dehors et le dedans. Or le fonctionnement psychotique témoigne de troubles de la symbolisation, correspondant à deux économies différentes : soit le maintien d’une capacité projective qui inclue l’objet et permet la création d’une néo-réalité hallucinatoire et délirante pour surmonter l’angoisse d’anéantissement, comme dans la schizophrénie ; soit une répression des affects et un clivage du corps dans l’exclusion de tout travail projectif avec l’objet, comme dans le registre des psychoses non délirantes, souvent décrites comme psychoses froides (E. et J. Kestemberg) ou états-limites, où prédomine l’économie de la décharge et de l’agir auto- ou hétéro-destructeur dans le monde extérieur ou dans le corps propre. Ces deux solutions psychiques seront illustrées par le psychodrame psychanalytique individuel d’un patient schizophrène et d’un patient état-limite, qui permettront ainsi de montrer les enjeux de la solution psychotique et les conditions possibles d’une élaboration de la violence et de la destructivité dans un processus de symbolisation.
Un Temps Imparfait

Interroger le sens de la temporalité, c’est d’abord prendre acte de la flèche du temps » nous dit Green (2000) en poursuivant : « Du moins pour la conscience », Le temps psychique et ses multiples inscriptions dans les systèmes et instances qui constituent notre psyché reste aujourd’hui à la fois fondamental et énigmatique. J’interrogerai notamment l’opposition classique entre le temps de la conscience et l’atemporalité de l’inconscient, en redonnant une place prépondérante au préconscient, lieu de la perception de l’écoulement du temps. L’organisation temporelle de chacun est fondamentalement intriquée avec les modes d’organisations psychiques, et en particulier les modalités défensives : refoulement ou clivage n’auront pas le même impact sur la représentation temporelle. Freud (1915) a mis également l’accent sur l’importance de la discontinuité périodique, permettant la construction de la représentation de l’absence et de la présence, et donc tout à la fois du temps et de l’objet. Winnicott a pour sa part pointé la valeur positive du « sentiment continu d’exister ». Continuité et discontinuité seront donc interrogés, comme sera mis en relief les rapports étroits qui unissent la perception du temps, la mémoire, et l’identité.
Traumatisme et Somatisation

C’est à partir de l’approche freudienne de la 2ème théorie des puisions que les Psychosomaticiens de l’Ecole de Paris ont fondé la conceptualisation des états traumatiques et de la potentialité des somatisations. Dès 1923, et à partir du « Moi et du ça, Sigmund Freud insiste sur la nécessité du Moi à faire un travail de représentation de l’état traumatique. Il va développer la thèse de la constitution d’une névrose traumatique, que nous entendons, comme une capacité du Moi à effectuer un double processus. D’une part, le Moi se protège du quantum d’excitation externe mais aussi interne (la douleur par exemple) en organisant un pare-excitation aux fins de diminuer la charge traumatique ; mais aussi, d’autre part à organiser un processus masochique de type érogène, cela, du mieux possible en fonction de l’organisation phallique du Moi, initiale, acquise avant l’état traumatique.Quel est l’apport de la psychosomatique de l’École de Paris, fondée dès 1972 par Pierre Marty, Michel Fain avec Michel De M’Uzan, Christian David. Ils vont spécifier la notion de pare-excitation anti-traumatique en la liant à la capacité de décharge comportementale et aussi du risque de désorganisation somatique quand les défenses anti-traumatiques ont fait défaut ; nous entendons par défenses anti-traumatiques le pare-excitation, le masochisme érogène primaire. Claude Smadja et Gérard Szwec ont largement contribué à définir les défenses antitraumatiques quand ils ont défini les procédés auto-calmants. Ils ont pour but, et c’est leur fonction, de diminuer la charge d’excitation du Moi, en situation d’état traumatique. Ils insistent sur la capacité du Moi à lutter contre l’état traumatique en recourant à la décharge comportementale, montrant, l’échec du Moi à organiser le masochisme érogène primaire, Benno Rosenberg, fidèle à la pensée psychosomatique a développé le concept de masochisme mortifère. Il a défini ainsi les prémisses de la négativité d’André Green, en développant la clinique des sujets anorexiques ou de sujets en phase d’addiction sans organisation de leur autoconservation. L’approche psychosomatique des Psychanalystes de l’Ecole de Paris est très vaste incluant des concepts majeurs tels que le Moi Idéal de toute puissance mégalomaniaque, narcissique ; mais aussi l’approche de la structure allergique anti objectale et désexualisante, enfin, la prématurité du Moi qui met en relief la capacité de développement du Moi en deçà de l’évolution libidinale. De nombreuses illustrations cliniques aborderont ces concepts.
Les rêves répétitifs en séance, enjeux cliniques et théoriques

L’étude du rêve, de son travail très spécifique, de ses qualités et de ses fonctions est nécessaire à notre travail de psychanalyste. L’interprétation n’est possible qu’à partir des associations du patient et de la prise en compte du travail de rêve qui est aussi qualifié de travail de déformation. Quand le rêve réussit sa fonction de transformer les excitations traumatiques en images de rêve, il devient un accomplissement d’un souhait inconscient et le gardien du sommeil. Quand le travail de rêve est en difficulté, le rêve devient souvent répétitif, il peut alors se transformer en cauchemar, en terreur, ou bien le dormeur se réveille. Pourquoi les rêves se répètent-ils en boucle ? Cette répétition traduit la tentative de transformer les excitations pulsionnelles mais aussi l’impact traumatique de leur tendance à faire retour à un état antérieur. Ils sont alors occupés par la compulsion de répétition. Dans cette conférence, je vous propose ainsi de nous centrer sur la problématique ces rêves récurrents et de l’illustrer par une situation clinique empruntée à ma pratique psychanalytique où la dimension traumatique est au premier plan.